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Madame la Ministre,

 À mon grand désarroi, je me trouve de nouveau dans l’obligation de vous écrire au sujet des problèmes inquiétants que soulèvent le Fonds d’initiatives communautaires en matière de VIH et d’hépatite C (FIC), le processus défaillant de lettres d’intention (LI) et l’offre subséquente d’un « financement transitoire ».

Les organismes communautaires (OC) écartés du financement à l’issue du processus de LI de l’automne dernier ont d’abord été encouragés par l’offre d’un financement transitoire. Plusieurs ont exprimé l’espoir que cela soit le signe d’une implication respectueuse de votre gouvernement auprès du mouvement du VIH, afin de promouvoir la lutte contre les ITSS au Canada et d’atteindre les objectifs 90-90-90 que vous avez appuyés en 2015.

Toutefois, de récents développements ont assombri le tableau, même parmi les OC qui ont été financés dans le cadre du processus de LI. L’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) demande à présent à plusieurs d’entre eux de « réviser » leur plan de travail pour des projets préalablement approuvés au stade des LI – et ce, deux semaines avant le début du nouveau cycle de financement. Fait encore plus troublant, on a demandé à plusieurs de ces OC de réduire (de jusqu’à 20 %) les fonds déjà prévus dans leurs plans de travail – ce qui diminuera considérablement l’impact potentiel de leurs projets et exposera de nombreux Canadiens à des risques pour les ITSS.

Un problème connexe et tout aussi important concerne l’échéancier des paiements. Avant 2014, les paiements étaient habituellement versés dans les premiers jours d’avril – au tout début de la nouvelle année budgétaire. Cela permettait aux OC de planifier leurs activités avec certitude. Toutefois, depuis 2014, les paiements sont faits à des moments imprévisibles; cette année, les OC ont été informés qu’ils allaient devoir patienter jusqu’à la troisième semaine d’avril, ou possiblement plus tard, avant de recevoir des fonds.

L’ASPC a offert de préparer une lettre d’intention afin que les OC affectés puissent demander des prêts de financement provisoire. L’ASPC ne sait peut-être pas qu’en général les banques refusent les demandes de prêt de clients à but non lucratif. Vous comprendrez que l’approche actuelle de l’ASPC cause une incertitude et un stress considérables parmi les OC. Nous demandons un effort concerté de votre part afin que ces paiements soient versés en priorité aux récipiendaires de financement transitoire et du FIC le 1er avril, ou du moins pendant la première semaine d’avril, pour permettre aux OC de se concentrer sur leurs livrables plutôt que de chercher des solutions urgentes pour la paie, le loyer ou d’autres obligations pressantes.

Il ne s’agit pas ici de cas isolés; la Société canadienne du sida (SCS) entend bien des choses de ses organismes membres. Nous partageons l’opinion fréquemment exprimée selon laquelle cette façon de traiter les OC est inacceptable! De fait, les organismes sont de plus en plus désemparés devant ce comportement qui aurait été plus compatible avec l’idéologie de certains membres de la législature précédente qu’avec celle d’un gouvernement dont les volontés exprimées étaient censées être en harmonie avec nos objectifs communs.

Les OC du pays sont de plus en plus irrités, frustrés et méfiants à l’égard des employés de l’ASPC, dont les méthodes et attitudes ont été perçues dans certains cas comme tendant à la confrontation, à l’arrogance et à l’agressivité. Plusieurs OC ont signalé une impression d’indifférence et de manque d’implication, des communications de faibles à nulles et, dans certains cas, une non-réponse à toutes leurs questions écrites.

Madame la Ministre, la SCS et les OC du pays reçoivent des messages contradictoires de la part de votre gouvernement. Nous avons été encouragés par le récent dialogue de deux jours que nous avons eu lors de la « Réunion des parties prenantes pour déterminer les mesures concrètes visant à combattre les ITSS au Canada », mais le processus du FIC met en péril de nombreux organismes à travers le Canada – certains au point de devoir possiblement fermer leurs portes.

La SCS a affirmé publiquement qu’il est légitime que le gouvernement fédéral tente de simplifier la prestation des services et la prévention des ITSS en général – y compris le VIH. La SCS et ses organismes membres sont capables de relever ce défi et prêts à le faire.

Toutefois, le mouvement du VIH a de plus en plus l’impression d’une dilution majeure de l’Initiative fédérale de lutte contre le VIH/sida, élargissant sa portée pour inclure les ITSS – ce qui n’a jamais été l’intention de l’Initiative fédérale. Siphonner les fonds dédiés au VIH et exposer plus de Canadiens à des risques n’est pas la solution pour lutter de manière plus concertée contre les ITSS, ni pour intégrer les organismes communautaires dans le modèle existant de fourniture de services sociaux et de santé au Canada.

Madame la Ministre, nous sommes entièrement d’accord avec la volonté de votre gouvernement de mieux répondre à toutes les ITSS; nos organismes communautaires à travers le pays mettent à votre disposition l’expérience, les connaissances et les réseaux qu’ils ont bâtis depuis trente ans pour vous aider à y arriver. Toutefois, bon nombre d’entre eux sont de plus en plus préoccupés et inquiets que votre gouvernement s’engage dans la mauvaise voie.

Outre notre demande d’effectuer les paiements en temps opportun aux récipiendaires de financement transitoire et du FIC, nous vous exhortons à modifier vos orientations actuelles et à amorcer une implication significative avec notre secteur afin de nous aider à atteindre nos objectifs communs.

 

Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes sentiments distingués,

Gary Lacasse

Directeur général

 

c.c. Le très honorable Justin Trudeau, premier ministre du Canada; l’honorable Rona Ambrose, C.P., députée, chef par intérim du Parti conservateur; l’honorable Thomas Mulcair, C.P., député, chef du Nouveau Parti démocratique; Colin Carrie, député, porte-parole du Parti conservateur en matière de santé; Dre Siddika Mithani, présidente de l’Agence de la santé publique du Canada; Dre Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique par intérim; et tous les organismes de lutte contre le VIH/sida du Canada.